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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 23:27

 

Qui est responsable du séisme financier qui secoue l’Europe ?

Ce matin, dans la Tribune.fr  Edouard Tétreau (aperçu ce soir au journal de TF1) accusait les spéculateurs.

Ce soir Philippe Brossard lui répond dans l’Expansion.fr : d’abord les états européens sont fautifs et ensuite les spéculateurs essayent d’en tirer partie.

Et conclusion de tout cela, ce sont les citoyens comme nous qui trinquent et trinqueront ! Il ne faut pas rester indifférent car bientôt, si cela continue comme cela, nous serons tous des grecs !

Les spéculateurs, accusés "trop faciles" de la crise de la dette?

 Propos recueillis par Elodie Grangié - publié le 12/07/2011 à 18:35

S'il ne nie pas le rôle des spéculateurs dans le séisme financier qui frappe actuellement l'Europe, Philippe Brossard, président de l'agence Macrorama, accuse surtout les Etats européens, incapables de s'entendre à temps pour aider la Grèce.

Dans une interview accordée à La Tribune, Edouard Tétreau associé gérant de Médiafin accuse les spéculateurs d'envenimer la crise des dettes souveraines et de chercher à faire tomber les pays de la zone euro. Partagez vous cet avis ?

Pas vraiment, c'est un peu facile d'accuser les spéculateurs des maux qui frappent l'Europe actuellement. Il y a un vrai mouvement de panique des détenteurs d'obligations sur les marchés qui n'est pas le fait d'opérateurs "mal intentionnés". Et celui-ci est provoqué par l'incapacité des gouvernements européens à clarifier leur stratégie vis-à-vis des États en difficulté.

La spéculation n'a donc aucun rôle dans la crise qui frappe l'Europe aujourd'hui ?

Bien sûr que si, les spéculateurs ont leur part de responsabilité dans la débâcle actuelle. Mais ils n'ont fait que s'engouffrer dans une brèche ouverte par les gouvernements européens, qui ont laissé la crise des dettes souveraines s'envenimer. Dès la fin de l'année 2009, quand la situation de la Grèce a commencé à se détériorer, les dirigeants européens auraient dû s'entendre pour venir en aide au pays. Au lieu de cela, ils ont voulu le punir comme un mauvais élève en lui imposant des mesures de restriction budgétaire drastiques qui l'ont mécaniquement plongé en récession. Le désendettement du pays est ainsi devenu encore plus compliqué. Et c'est à partir de là que les écarts de taux entre les obligations grecques et le Bund allemand ont commencé à augmenter rapidement et que la spéculation sur la dette hellène a débuté. Après, évidemment, cette spéculation a fini par avoir un effet auto réalisateur. Les marchés ont prêté plus cher et les difficultés de la Grèce pour se refinancer se sont exacerbées. Et le pire, c'est que les gouvernements européens persistent à réclamer à la Grèce plus d'austérité. Avec le nouveau plan de rigueur voté récemment, son PIB pourrait encore chuter de 4% en 2011. Autant dire que l'inquiétude des marchés est justifiée.

Si l'on peut comprendre l'inquiétude des marchés sur la solvabilité de la Grèce, comment expliquer qu'ils s'en prennent à l'Italie ?

Parce qu'un défaut italien n'est pas à exclure. Certes la situation de l'Italie est bien meilleure que celle de la Grèce ou du Portugal, mais ses fondamentaux sont loin d'être exceptionnels. Son niveau d'endettement reste un l'un des plus élevé au monde tandis que sa croissance est au point mort depuis 10 ans. Et là encore, le nouveau plan de consolidation budgétaire ne va pas arranger les choses.

La spéculation n'est donc qu'un problème parmi d'autres, conséquence des erreurs des gouvernements européens. Ne faut-il pas cependant y mettre un terme?

Bien sûr ! D'autant plus que la solution est simple : interdire les ventes à découvert sur les emprunts d'Etat, c'est-à-dire les fameux CDS (Credit Default Swap) sur dettes souveraines. Comme on a interdit les ventes à découvert d'actions pendant la crise financière de 2008. En fait, la crise actuelle n'est qu'un avatar de la crise financière de 2008. Aux mêmes maux, il faut donc apporter les mêmes remèdes : interdire certains produits financiers trop dangereux, abandonner le dogme libéral de l'austérité à tout prix, organiser un système de prêteur en dernier ressort pour les Etats en difficulté, et surtout ne pas laisser tomber la Grèce comme les Etats-Unis ont pu abandonner Lehmann Brother.

 

Edouard Tétreau, associé-gérant de Mediafin, conseil en stratégie, professeur à HEC (*) –

"Une bande organisée de spéculateurs cherche à faire tomber les pays de la zone euro"

Edouard Tétreau, associé-gérant de Mediafin, conseil en stratégie, professeur à HEC, estime que le moment est venu de mettre les spéculateurs hors d'état de nuire.

Les écarts de taux entre l'Allemagne et l'Italie sont à des niveaux historiques. Pourquoi les marchés financiers s'attaquent-ils à ce pays ?

D'abord, ce ne sont pas "les marchés financiers", mais une bande organisée de spéculateurs, mobiles, bien armés et à ce jour anonymes, qui cherchent à faire tomber les pays de la zone euro les uns après les autres. Grâce aux efforts de la BCE et de l'Eurogroupe, cette bande a, à ce jour, raté son coup. Elle a même perdu de l'argent sur la Grèce qui n'a pas fait défaut, contrairement à ce que certaines agences de ratings, étonnamment complices, voudraient nous faire croire. Aujourd'hui, cette bande s'attaque à l'Italie, l'Espagne. Demain, ce sera au tour de la France. Le moment est venu demettreces spéculateurs hors d'état de nuire.

N'est-il pas un peu facile de désigner toujours les spéculateurs ?

Ce qui est facile, c'est de ne pas nommer les choses et de laisser faire. A l'heure actuelle, certains fonds d'investissements et établissements bancaires, américains, britanniques mais aussi européens - c'est un comble - ont un intérêt financier à mettre des pays européens en faillite. Ils le font en achetant des CDS sur les dettes européennes, en vendant des titres à découvert, en alimentant le marché de rumeurs, qui font les choux gras et les gros titres d'une certaine presse financière. La première mesure des autorités de marché et des dirigeants politiques doit être, au nom de la transparence des marchés, de forcer l'identification de ces spéculateurs. Quels fonds ont intérêt à faire tomber l'Europe ? Quels établissements arment ces fonds avec des prêts, ou des titres - parfois à leur insu ? Après avoir rendu public ce listing, il faut -vite- se donner les moyens de blacklister ces institutions. Au nom de quel masochisme devrait-on continuer de les laisser opérer sur le marché européen ? Nous sommes actuellement dans une guerre financière qui ne dit pas son nom. Elle réclame des mesures à la hauteur des enjeux. En résumé : une institution prise en flagrant délit d'attaque sur les dettes souveraines européennes doit se voir interdire l'accès aux marchéseuropéens. Ni plus, ni moins.Dans cette guerre, je suis pour le moins perplexe face à la myopie des marchés financiers, qui tirent quotidiennement sur la zone euro, oubliant que deux Etats souverains ont des finances publiques au moins aussi délabrées que la Grèce : la Grande-Bretagne (un déficit correspondant à 9% du PIB) et les Etats-Unis, qui pourraient faire défaut dans quinze jours sur leur dette, et qui ne savent pas s'ils vont faire 1.500 ou 1.700 milliards de dollars de déficits en 2011. La timidité des américaines agences de notation sur le sujet est aussi curieuse que leurs triple A sur les subprimesde 2008...

Qu'attendent les responsables politiques européens pour réagir ?

Je ne sais pas. C'est maintenant que ça se passe. Cet automne, il sera trop tard. Trois actions doivent être entreprises :

1. Dans les prochains jours, le listing et le "blacklisting" des institutions spéculant contre la zone euro.

2. Une initiative franco-allemande sur les marchés, par exemple un achat massif de dettes souveraines espagnoles et italiennes. Nos amis allemands le savent : si ces pays font défaut, leurs banques sautent. La solidarité européenne est aussi une bonne politique nationale.

3. Avant le 2 août prochain, date à laquelle les Etats-Unis auront atteint leur plafond de dette autorisé par la loi, nomination d'un ministre européen des finances ayant pour mission première la mutualisation des dettes nationales européennes. C'est l'heure de vérité de l'Europe : soit chacun se replie sur son pré carré national, et tout le monde est perdant ; soit nous sortons de la crise par le haut, avec une union fédérale budgétaire et fiscale, et donc politique.

Tout cela nécessite du temps ?

S'il a fallu quelques heures pour décider une opération militaire en Lybie, on peut se donner quelques jours pour endiguer la spéculation, et quelques semaines pour unir les forces des Trésors allemand, français, italien, espagnol. Après, nous aurons le temps de passer aux choses sérieuses : la remise en ordre de nos finances publiques, à commencer par la France ; la responsabilisation de l'Allemagne face à son engagement européen, notamment en termes de défense ; et la constitution des Etats-Unis d'Europe.

(*) Par ailleurs, fondateur du site www.etatsunisdeuropoe.com et auteur de "Quand le dollar nous tue" (Editions Grasset)

Propos recueillis par Robert Jules - 12/07/2011, 08:48  

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commentaires

Serge 24/01/2012 10:20


x au commentaire précédent : Les CDS sont-ils vraiment une assurance ou une révolution financière utile, une innovation qui comme toutes les innovations doit être maîtrisée avant de jouer
pleinement son rôle bénéfique ?


Ou s'agit-il d'un simple moyen de contourner les règles bancaires en créant un risque collectif insupportable ? C'est tout l'enjeu des discussions sur les réformes financières imposées par
la « grande récession ».

Bourse-Investissements 22/01/2012 01:20


Philippe Brossard est dans le vrai, on ne peux pas accuser les spéculateurs de tous les mots, surtout qu'il est difficile de définir qui sont ces fameux spéculateurs.


Une banque qui possède des activités en Grèce et qui, pour limiter le risque, achète des CDS sur la faillite de la Grèce est-elle considéré comme "spéculateur" alors qu'elle cherche à limiter son
risque de faillite ?

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